Le Yoga d’Isabelle

Yoga et Méditation

Symboliques du corps dans la pratique contemporaine du hatha-yoga

septembre25

 La pratique contemporaine du hatha-yoga (yoga des postures de souplesse) dans un contexte mondialisé est confrontée au problème de la rencontre de deux systèmes anthropologiques de représentation du corps, deux ontologies (Descola, 2001) qui définissent des rapports divergents au corps propre du pratiquant : d’un côté la lecture traditionnelle, et particulière au savoir yogique, du corps-esprit (Varela, 1999) traversé de symboles codifiés et, de l’autre, la vision critique d’un corps-objet investi de significations fluctuantes, tel qu’il a été décrit par la psychanalyse dans le cadre de l’ontologie moderne (Dor, 1992). Cette opposition et l’ensemble de dissonances qu’elle suscite, est caractéristique de la transposition présente des techniques et savoirs orientaux vers un horizon occidental. La question qui apparaît au pratiquant est la suivante : dans quel système de référence comprendre les diverses expressions du corps que suscite le hatha-yoga ? Sans prétendre solutionner le dilemme, nous souhaiterions présenter un élément de progression dans la compréhension de l’expression du corps. Cet élément correspond à l’apport du yoga du Cachemire, renouvellement du hatha-yoga à partir du viiie siècle. La pratique cachemirienne confère au corps du pratiquant une capacité d’expression non par une lecture symbolique ou psychologique, mais par une attention plus grande au vécu propre, une phénoménologie radicale, appliquée à la pratique. Pour tenter d’approcher la spécificité d’une telle pratique, qui requiert l’expérience d’un vécu subjectif, nous esquisserons une description phénoménologique, selon la méthode de l’observation participante (Laplantine, 2001).

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Le problème en yoga de l’interprétation
des manifestations du corps

Corps-symbole dans l’ontologie analogique

Les yogis disent que « le corps est la Voie ». Le corps, notamment par ses disfonctionnements, ses raideurs, ses blocages nous indique où est la part de souffrance, quelle est la dimension de notre être à laquelle nous devrions prêter attention, que nous devrions tacher de manifester pour que, selon eux, le prâna (« énergie vitale » en sanskrit) puisse circuler de nouveau de façon harmonieuse. Et ce corps est corps-esprit : la tradition yogique est avertie du lien indissociable existant entre nos émotions, nos états psychiques et le corps (Baret, 2007). Les expressions de ce corps peuvent guider la pratique car le corps lui-même porte la marque d’un modèle divin. Dans le système de représentation lié à la pratique yogique, le corps est avant tout corps énergétique, traversé par des courants d’énergie vitale qui se concentrent dans les « chakras » décrits par la tradition indienne (Sri Aurobindo, 2007). Ce corps-esprit, structure énergétique du corps physique, serait le modèle de l’humanité accomplie. Il guide en quelque sorte le corps physique vers sa pleine réalisation dans le corps propre du pratiquant. Dans l’ontologie yogique, le corps est donc lui-même symbole, sym-bolein(possibilité de réunion de ce qui a été séparé – le corps physique et son modèle divin). Le corps propre, qui se constitue comme indicateur pour progresser dans l’imperfection, limite qui appelle son dépassement, est l’instrument essentiel, le vaisseau unique pour relier la vulnérabilité d’un corps physique, lié au modèle originel dont il a été séparé. L’historien des religions Mircea Eliade expose ce lien du corps physique au corps subtil ou énergétique dans sa thèse Yoga, immortalité et liberté (1954). Dans cette perspective, le yoga, comme toute science traditionnelle, connaît une herméneutique définie du corps physique, selon les écritures sacrées. Le corps a été codifié, interprété selon un modèle utilisé dans la pratique. Il s’agit notamment du corps éthérique, le corps des chakras, les sept principaux centres énergétiques du corps, du bas de la colonne vertébrale, jusqu’à la fontanelle. Ces centres commandent à la fois une dimension physique et psychique de l’être (Swami Satyananda, 1969). Ce modèle, qui correspond à ce que l’anthropologue Philippe Descola nomme « l’ontologie analogique ». L’homme est archétypiel (Souzenelle, 2001) : le corps porte la marque (typos) d’un principe (arché), cette marque est définitive, aussi ineffaçable et immuable que le Verbe divin inscrit au cœur de chaque chose. Tel est le processus sym-bolique du yoga (lien, union, en sanskrit). Cette stricte correspondance analogique concorde avec ce que l’historien de la philosophie Michel Foucault, dans Les Mots et les Choses (1966), nomme l’épistémé antique, celle de la ressemblance (convenientia, aemulatio, analogia, sympathia).

Corps-signifiant dans l’ontologie naturaliste

L’herméneutique qu’on pourrait dire « occidentale » du corps et de la signification de ses dysfonctionnements est tout autre. Cette herméneutique est marquée par la pratique de la psychanalyse. L’influence de la psychanalyse, et du mode de signification qu’elle emploie, ne dépend pas du fait que le pratiquant ait effectivement suivi ou non ce type de thérapie. C’est une disposition qui a investi doxa contemporaine. Cette attitude cognitive est marquée par le renoncement à l’idée de nature humaine, au scepticisme quant à la possibilité de désigner un modèle corporel et psychique. Tout est fractionnement et multiplicité en constante invention. Sur une réalité inassignable en tant que telle se superpose le niveau du langage, construction signifiante – ce modèle correspond à l’épistémémoderne (Foucault, 1966). En effet, l’attitude d’un pratiquant moderne de yoga est caractérisée par un certain type de retrait, un manque d’adhérence à une symbolique fixe. Cette attitude est notamment marquée par l’horizon de la psychanalyse, et ses implications cognitives. Selon ce modèle, le corps-symptôme de la psychanalyse n’implique pas le mode vertical du symbole, mais le rapport de signification. L’écart épistémique irréductible du signifié et du signifiant est posé par Saussure, qui marque l’impossibilité du retour à une ontologie de l’analogie, et fonde le mode symbolique. Le symbolique chez Lacan redéfinit fondamentalement la possibilité de faire sens par rapport à l’épistéméantique. Il ne désigne pas un lien mais un rapport à la réalité, la réalité ultime qui est celle du corps, comme réceptacle de significations fluctuantes. Le réel est, selon la formule, impossible. Tout ce qui reste est la capacité permanente de construire des signes. Il y a une capacité de signifiance, un jeu du signifiant, selon les deux axes du déplacement et de la condensation (Dor, 1992). Le sens ne peut être inscrit dans le corps, le lien cosmologique est d’avance rompu, et ce qui subsiste est un libre déplacement des signes, une chaîne de signifiants que le processus analytique tente de mettre à jour pour dénouer. Dans ce cadre de la psychanalyse, il ne s’agit pas de déchiffrer le corps-livre, mais d’entamer l’investigation dans l’histoire personnelle de la chaîne de significations qui crée le corps-symptôme. Le corps parle, pour un moderne, non pas selon un langage codifié mais par des capacités de signifiance propres, toujours mouvantes, à interpréter.

Dissonance cognitive dans l’interprétation des expressions corporelles

Alors que l’apprenti yogi travaille à dénouer les tensions physiques et psychiques qui maintiennent le corps-esprit dans la dualité, la question de la lecture, du déchiffrement des manifestations corporelles, est cruciale. Et le pratiquant se retrouve pris entre deux herméneutiques. Quel rapport le pratiquant doit-il entretenir avec son ressenti corporel – s’agit-il d’une manifestation directe du corps énergétique ? Ou doit-il considérer avec recul qu’il pourrait être un effet psycho-somatique d’un déplacement de signification ? D’un côté le rapport religieux et la foi, et de l’autre l’horizon analytique : deux rapports au corps et à son expression qui semblent s’exclure.

D’une part, l’ontologie religieuse, qui est toujours supposée si l’on entend réaliser le Yoga, le lien sym-bolique entre les deux termes séparés, cosmos et corps qui en porte l’empreinte, est questionnée, suspendue par l’approche significationnelle. Comment un moderne peut-il s’en remettre totalement à l’évidence acquise des archétypes traditionnels ? D’autre part, la foi en ce modèle symbolique est l’élément-clé de la progression dans la pratique – le ressenti s’accroît, s’affine avec une attention totalement impliquée, engagée dans certains centres corporels. La science yogique de la subjectivité réclame une adhérence complète. Dans un premier temps, il nous semble préférable de maintenir cette dichotomie, de la laisser ressurgir comme problème de la pratique moderne du yoga, dont il s’agirait avant tout de saisir les implications. Et peut-être devrions-nous nous contenter de désigner ce point d’achoppement de la pratique du yoga, dans sa rencontre avec la modernité critique. Toutefois une divergence peut amener à découvrir une tierce voie, qui passera notamment par une plus grande attention au ressenti. La voie du hatha-yoga du Cachemire, ce renouveau du yoga traditionnel, tel qu’il a été opéré par des maîtres comme Abhinavagupta, nous semble pouvoir apporter un élément de réflexion à ce problème contemporain. Cette pratique renouvelée du Yoga avance une méthode de compréhension et d’assimilation du ressenti qui se distingue des lectures précédemment évoquées en ce qu’elle n’est pas « interprétation », mais immanence radicale de l’intuition.

La voie cachemirie : non pas comprendre mais vivre le corps dans son expression

Le yoga du Cachemire se maintient en permanence dans le ressenti, sans sortir de l’émotion, sans créer l’interprétation, de dualité. Dans cette approche, il s’agit non pas d’intellectualiser le sens de la manifestation corporelle, l’émotion (en sanskrit rasa) mais de vivre la sensation de façon directe, sans tenter de la comprendre, de lui donner un sens. Voici ce que nous dit le philosophe E. Baret au sujet de cette méthode d’appréhension, d’expression et de lecture du corps et de ses émotions, dans Yoga, corps de vibration, corps de silence : « La pratique cachemirienne est faite pour se rendre disponible à l’émergence de l’émotion. Contrairement au yoga dit classique, qui vise à l’empêcher, la contrôler, la dépasser ou, comme dans la psychologie moderne, à l’accepter, l’intégrer, voire à la rejeter, selon les écoles : il s’agit de la brûler de toute la force de son amour. Le conflit est la porte. L’émotion qui m’habite n’a pas besoin d’être justifiée, prouvée, formulée : elle a besoin d’être sentie ; pour qu’elle puisse se dévoiler, se libérer de sa cause apparente et s’exprimer dans toute sa résonance, le corps doit devenir tout écoute. »

Pour appréhender véritablement la nouveauté de cette approche, il apparaît indispensable de s’engager en première personne dans le vécu d’un tel processus. Car seule la description phénoménologique, selon le principe de l’observation participante (Laplantine, 2001), peut nous permettre de décrire cette réalité. La méthode phénoménologique que nous employons emprunte au concept merleau-pontien d’« entrelacs » (1976), en ce que nous tâchons de rendre compte de l’imbrication de mode de conscience et de cognition dans une incarnation charnelle et sensible. Nous sommes aussi redevables à l’approche de Michel Henry, qui s’attache à décrire les modes de conscience non-duels, ce que la tradition indienne nomme « atman ». Ainsi nous livrons le récit subjectif d’un de ces moments de libre déploiement de l’émotion, expérimenté lors de la pratique du hatha-yoga, et où la question de l’interprétation de l’émotion et de l’expression corporelle est apparue comme cruciale.

Expérience d’expression du corps dans la pratique du Hatha-Yoga

Description de la posture de Yoga

Le cours de yoga touche à sa fin, et l’une des dernières postures proposées, concluant la séance est padmâsana, la posture du lotus. Il s’agit de la posture assise, jambes croisées, où la colonne est étirée, érigée du sacrum s’enracinant dans la terre, jusqu’à la fontanelle qui tend vers le ciel et donne à l’assise sa dynamique verticale. Dans cette posture fondamentale du Yoga, les centres énergétiques situés le long de la colonne vertébrale (chakras) sont tous déployés. La capacité respiratoire est maximale, et le souffle peut retrouver toute son amplitude. Il s’agit de la posture privilégiée de méditation, d’ouverture à tous les centres énergétiques, d’accueil au plus large spectre d’émotion. Le pratiquant se trouve dans la salle de Yoga, s’exerçant aux postures sur un tapis de sol. Le professeur est debout, circule dans la salle, et guide les pratiquants dans les différentes postures qu’il propose. Dans ce cas-ci l’indication du professeur est de simplement maintenir la posture, au rythme du souffle, sans focaliser son esprit sur une pensée particulière.

Expérience du corps dans la posture

Je m’installe ainsi dans la disponibilité de la posture de padmâsana. Apparaît alors une sensation, qui se précise progressivement. Tout d’abord une sorte de réceptivité s’installe dans tout le corps. Le volontarisme rigide nécessaire à la prise de posture s’efface, comme pour pouvoir accueillir un mouvement corporel venant de l’intimité du corps, d’une part qui était restée inconsciente, mais qui profite de ce libre étalement du corps et du souffle pour se faire jour. Le ressenti de détente s’accroît, et se mêle aussi d’appréhension car c’est comme si vacillait la sécurité, l’impression de contrôle sur ma personne ; la tension musculaire, nerveuse qui structure habituellement le sentiment de consistance, d’identité incarnée, s’atténue et chancelle. Naît alors l’impression que le sang se retire des membres pour se concentrer dans la région du cœur. C’est alors comme si mon être, toute ma conscience vitale se concentrait totalement vers le centre de la poitrine – notre attention tout entière absorbée dans cette zone qui mobilise toute la vigilance du corps-esprit, s’accrochant pour ainsi dire avec crainte aux mouvements inattendus du flux vital. Il semble que le cœur appelle le flot sanguin vers lui, dans une sorte de contraction convulsive. Il se met alors à battre, plus fort, de façon tout à fait sensible. Et mon corps tout entier devient ses battements. Mon premier sentiment est celui de la crainte d’un phénomène déroutant, qui engage les fonctions vitales. Mais il y a aussi l’étonnementpresque émerveillé d’une manifestation spontanée qui, sans qu’on puisse lui donner de signification, se présente comme une forme inédite d’expression. À ce moment, où l’être total semble engagé, où les convulsions du cœur semblent à la fois exprimer une urgence vitale – et la nécessité de trouver une amplitude, une respiration, la question de l’interprétation du phénomène, de la sensation cénesthésique devient cruciale.

En effet, par ce mouvement, qui semble être un cri de tout l’être, le corps s’exprime. C’est précisément en ce moment que surgit un élément du Yoga. La possibilité de faire sens, d’établir le lien entre le corps-esprit et ce qui le dépasse apparaît alors que la vie se confronte à sa limite. Mais dans cette situation, que faire ? Comment lire, interpréter, comprendre cette expression du corps ? La première indication, et qui correspond au premier conseil du professeur de Yoga, est commune à toutes les pratiques yogiques : il s’agit de se maintenir dans la posture – de conserver la pose tant que faire se peut. Et ainsi mon attitude à ce moment consiste à me maintenir dans la posture, avec une relative ouverture, confiant malgré la nouveauté de la situation dans l’intérêt de vivre cet état surprenant. Dans cette situation, il me reste toujours à savoir comment exactement assimiler, comprendre, appréhender cette manifestation corporelle. Ma première réaction consiste à penser que ce phénomène consiste dans la manifestation d’une énergie propre au yoga : il s’agirait de la libération d’un centre « énergétique », un chakra. Cette idée correspond à la croyance présente dans l’enseignement livresque du yoga, selon laquelle les sensations et phénomènes touchant la zone du cœur ont un rapport avec ce que la tradition a désigné comme anahâta chakrachakra du cœur. Il s’agirait donc de se référer de façon livresque à la signification traditionnelle de ce chakra pour décoder le sens de cette manifestation corporelle. Mais dans l’instant, cette vision est contrecarrée par un éclair de scepticisme : la pensée que la manifestation du cœur ne pourrait être qu’un symptôme idiosyncratique, somatisation d’une névrose dont le sens serait à déchiffrer en fonction de la signification que j’attribue à la situation présente. Je reviens alors à l’idée que ce phénomène n’est qu’une forme de projection, somatisation. Tel est le dilemme épistémique dans lequel je me trouve, avec pour tâche de les concilier, de me jouer de leurs incompatibilités – retrouvant peut-être l’unité d’un sens.

Suite à cette séance de yoga, je demande au professeur quelques indications pour m’orienter dans ce ressenti. Ce dernier ne me propose pas d’interprétation mais m’invite seulement à m’installer dans le ressenti même de la posture, sans préjuger d’un sens quelconque, ni anticiper de solution. Il recommande que la réintégration de cette nouvelle sensation, sa symbolisation pour ainsi dire, ne se fasse pas par l’intermédiaire d’un sens que je pourrais éventuellement lui prêter. L’approche consiste presque en une méthode, un nouveau mode d’appréhension, qui ne cherche pas à figer de signification, mais à entrer dans la durée de chaque sensation, ce que je tente désormais de réaliser. Une situation similaire se manifeste à la séance suivante. Je me contente de suivre toutes ses inflexions, d’être simplement présent, même au déplaisir. La gêne apparaît d’abord de façon accrue, et la localisation de la sensation se précise. Je me rends disponible mentalement à cette gêne, m’y plonge comme s’il s’agissait d’un état de détente. Je commence à considérer que cet état pourrait aussi représenter une plénitude. Il se crée un sentiment d’équanimité, d’égalité, en perspective de ces émotions perçues comme néfastes, qui me permet de les vivre sans en être accablé. J’accepte de les vivre de façon plus intense, comme si même ce moment douloureux avait une valeur en lui-même. De ce fait je remarque que les transformations de l’état s’accélèrent. La crainte devient une douleur précise, qui se rigidifie en simple tension, puis la tension se débloque, à la faveur d’un mouvement qui libère la poitrine. La nouvelle sensation au niveau du cœur est celle d’une amplitude, d’une nouvelle circulation, qui amène un flot de nouvelles images mentales, liés à la libération d’un sentiment d’oppression. Le cœur peu à peu retrouve un battement apaisé, mais le véritable acquis de cette séance est la liberté, la latitude consistant à pouvoir vivre pleinement un état, quel qu’il soit, et se laisser emporter par son intensité jusqu’à sa résorption. J’apprendrai plus tard qu’un terme qui pourrait correspondre à ce sentiment d’espace retrouvé au sein de la contraction, d’expansion créatrice est en sanskrit « spanda » – le déploiement créatif de l’émotion, décrit par la tradition du yoga du Cachemire.

Question de l’interprétation du ressenti

La tentative de compréhension de la manifestation corporelle est prise entre deux lectures du corps-symbole : la lecture analogique – c’est l’idée glanée au cours de lectures dans l’univers du yoga, selon laquelle toutes les manifestations physiques correspondraient à l’expression d’un chakra. La première inclinaison d’un pratiquant est de suivre l’interprétation de cette orthodoxie yogique pour immédiatement répondre au besoin de donner du sens aux phénomènes corporels inédits. D’un autre côté se trouve la lecture du corps comme objet investi de significations, qui ne sont que projections fluctuantes. C’est ce qui correspond dans le récit à la première personne au second mouvement réflexif, lorsque la manifestation du corps est envisagée comme une « somatisation » – la cristallisation sur un élément corporel aléatoire (en l’occurrence le cœur) d’une signification symbolique.

Ces deux lectures s’opposent, et leur rôle originel, qui est de fournir une base d’exploration permettant de faire ressurgir l’émotion, est contrarié par l’impossibilité de concilier les deux. Cependant cette alternative impossible peut être en partie mise de côté par le retour à la sensation même – c’est l’indication que donne le professeur de yoga. En acceptant de vivre le corps et ses émotions, plutôt qu’en lui conférant d’emblée un sens précis, apparaît une expression du corps qui ne passe pas par un aspect intelligible, mais par le vécu de sa durée propre. Il semble que cette approche ait plus de succès pour libérer la tension corporelle. Dans la tradition du Cachemire, on donne au corps une autre forme d’attention, bien distincte de la volonté initiale de comprendre : selon ce type particulier de yoga, il ne s’agit pas donner un sens conventionnel à une manifestation corporelle pour apaiser un questionnement mental, mais plutôt de se rendre présent au corps, pour que par sa durée propre, le corps puisse se contracter puis s’étendre, s’exprimer – déployer un sens que l’intelligence ne peut connaître d’avance. La question de l’interprétation est renversée : l’approche cachemirie met de côté la possibilité de déchiffrement formel des manifestations corporelles, pour se mettre à l’écoute du corps lui-même. Et c’est ainsi par le mouvement, par la détente, la libération de la tension que le sens précis d’une manifestation corporelle peut apparaître a posteriori. Une telle approche se situe en dehors de la nécessité de donner du sens, mais elle est pourtant un détour intéressant pour que le corps-esprit se déploie dans sa durée propre.

Conclusion : le vécu comme voie privilégiée d’expression du corps

Notre intention n’est pas de résoudre l’opposition anthropologique entre les deux ontologies, qui traverse la pratique du yoga. La contradiction en elle-même est riche et créative. Elle reste en suspens comme inévitable problématique des pratiques traditionnelles dans le contexte moderne. Cependant le rappel du yoga du Cachemire, son invitation à retrouver la pure sensation corporelle nous semble constituer une méthode précieuse pour le pratiquant, ainsi que l’anthropologue du corps. L’intérêt de cette plongée dans le vécu, réside en ce qu’elle se situe en dehors de toute discrimination – il s’agit d’une phénoménologie radicale, qui nous rappelle que la capacité de concilier les deux ontologies, de réinventer un yoga à l’époque critique et créative de la dissonance, passe par l’expression directe de l’être-corps.


Bibliographie

  • Baret E. 2005, Yoga : corps de vibration, corps de conscience, Paris, Almora.
  • Descola P. 2001, Leçon inaugurale au Collège de France, pour la Chaire d’anthropologie de la nature, Paris, Collège de France.
  • Dor J. 1992, Introduction à la lecture de Lacan, Paris, Denoël.
  • Eliade M. 1991, Le Yoga, immortalité et liberté, Paris, Payot.
  • Foucault M. 1966, Les Mots et les choses, Paris, Gallimard.
  • Henry M. 1963, L’Essence de la manifestation, Paris, PUF.
  • Hymnes spéculatifs du Véda, 2004, trad. Louis Renou, Paris, Gallimard.
  • Laplantine F. 2001, L’Anthropologie, Paris, Payot & Rivages.
  • Merleau-Ponty M. 1976, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard.
  • Patanjali 1991, Yoga Sutras, Paris, Albin Michel.
  • Souzenelle A. 2001, Le Symbolisme du corps, Paris, Albin Michel.
  • Sri Aurobindo 2007, Le Guide du yoga, Paris, Albin Michel.
  • Varela F. 1999, L’Inscription corporelle de l’esprit, Paris, Seuil.

SOURCE : Ferrero Gautier, « Symboliques du corps dans la pratique contemporaine du hatha-yoga », Corps, 2013/1 (N° 11), p. 161-170. DOI : 10.3917/corp1.011.0161. URL : https://www.cairn.info/revue-corps-2013-1-page-161.htm

Cahier d’été 2018 stages séjours formations yoga/ayurvéda/bien-être

juin29

Comme toutes les années, l’annuaire du yoga et de l’ayurvéda (annuaireduyoga.com) publie son cahier d’été des stages, retraites, séjours et formations yoga/ayurvéda/techniques de bien-être en France et à l’étranger. Une mine d’idées et de propositions pour un été placé sous le signe du yoga !

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Pour y accéder, cliquez sur le lien ci-dessous :

http://www.annuaireduyoga.com/pdf/sy_cahier_ete_2018.pdf

Bonne lecture !

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Le yoga, une discipline indienne devenue patrimoine mondial

juin25

Le yoga est une discipline indienne traditionnelle, à la fois spirituelle et corporelle, aujourd’hui pratiquée dans le monde entier et inscrit depuis 2016 au patrimoine immatériel de l’humanité.

Les origines du yoga

Le mot yoga vient d’une racine sanskrite qui signifie « atteler ensemble, joindre, unir« , ce qui, selon l’historien Bernard Sergent, illustre bien l’idée qui sous-tend la discipline, « unir en un même attelage » : l’intellect de celui qui pratique à « l’âme universelle » du monde.

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La notion de yoga apparaît dans des textes très anciens comme la Bhagavad-Gîtâ, texte fondamental de l’hindouisme, écrit entre le 5e et 2e siècle avant Jésus-Christ.

Le yoga est en fait « la clef de voûte de l’hindouisme« , estime la spécialiste de l’Inde Tara Michaël. Son fondement tient en la « prise de conscience du caractère insatisfaisant de la condition humaine« , explique-t-elle dans son livre « Yoga« . Le yoga apparaît comme un moyen de transcender la souffrance.

Un terme « équivoque« 

Mais ce terme est « équivoque » car coexistent plusieurs « yoga« , « classique« , « populaire« , « ascétique » ou même « érotique« , souligne le philosophe et romancier roumain Mircea Eliade dans l’essai « Techniques du Yoga« .

Pour les dictionnaires modernes occidentaux, le yoga est une « discipline spirituelle et corporelle » qui vise à « libérer l’esprit des contraintes du corps par la maîtrise de son mouvement, de son rythme et du souffle » (définition du dictionnaire Larousse).

Aujourd’hui le yoga « de consommation courante (…) n’est rien d’autre qu’une gymnastique de bonne santé« , résume l’indianiste Tara Michaël. Quiconque « doué de souplesse physique, d’énergie et d’un peu de bagout, peut s’improviser en six mois ‘professeur de yoga’« .

Une (ré)invention moderne

Le yoga commence à se faire connaître en Occident à la fin du 19e siècle. A cette même époque, la discipline connaît un profond renouveau en Inde sous l’impulsion du maître de l’hindouisme moderne Swami Vivekananda (1863-1902).

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Ce moine-philosophe insiste sur le côté rationnel et scientifique du yoga pour en faire une discipline assimilable par l’Occident. Son livre « Raja Yoga » pose les bases d’un yoga moderne et international.

Dans la première moitié du 20e siècle, des ouvrages occidentaux se mettent à recenser et détailler les postures du yoga, les « asanas« .

Contrairement aux idées reçues, l’importance donnée aux postures et aux enchaînements (par exemple la célèbre salutation au soleil) « ne date pas d’il y a plusieurs millénaires » mais est « un développement récent« , souligne la spécialiste indienne Sita Reddy dans l’ouvrage collectif, « Yoga, l’art de la transformation« .

Phénomène planétaire

Dans les années 60 et 70, la fascination d’icônes de la contre-culture pour la métaphysique indienne, illustrée par la relation des Beatles avec le gourou indien Maharishi Mahesh, popularise le yoga comme pratique spirituelle.

Au contraire, les années 80 et 90 voient l’émergence d’une pratique « plus profane«  et le « yoga postural basé sur des méthodes athlétiques et dynamiques » tend à s’imposer en Occident, souligne le chercheur britannique Mark Singleton.

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Patrimoine mondial

Aujourd’hui, il est difficile de recenser avec fiabilité le nombre de personnes pratiquant le yoga à travers le monde: plusieurs dizaines de millions assurément, certains avancent 200 à 300 millions.

Alors que des études montrent ses bienfaits contre l’anxiété, la dépression et les troubles du sommeil (plus efficace qu’une simple activité physique mais moins qu’une psychothérapie), le yoga a été inscrit, en décembre 2016, au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité par l’Unesco.

Depuis son accession au pouvoir en 2014, le Premier ministre indien Narendra Modi a fait du yoga un instrument de rayonnement de l‘Inde dans le monde. Il est à l’origine d’une résolution de l’ONU qui depuis 2015, fait du 21 juin la Journée internationale du yoga.

Source : RTBF TENDANCE avec AFP

Ces événements yoga près de chez vous : Journée Internationale du Yoga

juin4
A Nice et dans l’arrière pays, de nombreux événements de yoga sont prévus au printemps à l’approche de la Journée internationale du yoga, le 21 juin. Par simple curiosité ou par pure passion pour la pratique, vous pouvez y participer. Une occasion de se prêter à une activité en plein air, dans des décors souvent atypiques, et de manière ludique. 

Nice

Avec Nico Luce de Breathe As One  : https://breatheasone.eu/

yoga nice

Cette année, le festival de yoga Breathe as one fête sa cinquième édition, le 17 juin dans l’idyllique parc Phoenix, dans le quartier de l’Arénas. À l’occasion, des cours sur scène seront donnés toute la journée, de 9 heures à 18 heures, par des professeurs de yoga mondialement connus tels que Nico Luce, Gloria Latham, Mika de Brito et Ben Sears. Des cours gratuits de yoga seront également tenus par des enseignants locaux, pour tous les niveaux. Les Niçois se verront proposer des séances de méditation et des massages. De plus, les professionnels tiendront une séance de questions-réponses concernant le yoga. Les participants pourront par ailleurs profiter des stands de nourriture qui seront présents. Attention, l’entrée dans le parc reste payante. Comptez 5 euros pour les plus de 12 ans, 3 euros pour les tarifs réduits.

Sainte-Agnès (06500)

Avec Ophélia de Yoga Précision : http://www.yogaprecision.net

Voici le petit programme pour cette journée internationale du yoga qui se nomme : « autour d’un pique nique partagé ».

Arrivée sur les lieux à partir de 10h…

vers 10:15 méditation enfants (30′)

11h Viniyoga Yoga (50′)

12h Iyengar Yoga (50′)

13h Pique nique (« salty part ! »)

15h méditation adultes (30′)

15:30 Yoga Nidra (35′)

Puis, goûter et tisanes pour ceux qui voudront (« sweety part ! »)

Pensez à prendre ce qui vous plaira comme nourriture (sucrée /ou salée), pour vous même ou à partager.Pensez également à prendre vos serviettes, paréos et/ou tapis de yoga car nous ne fournirons pas de matériel. à très bientôt et belle semaine à tout le monde. Pensez à co-voiturer, merci.

Ophélia 06 74 50 60 57

Monaco

Avec Nathalie Keusseoglou de Yoga Shala Monaco ; Plus d’informations sur http://www.yogasolsticemonaco.com

Pour fêter la Journée Internationale du Yoga, un grand rassemblement de yoga est organisé sur les Terrasses du Casino, le 21 juin, de 17h45 à 20h. Gratuit, ouvert à tous, quel que soit l’âge et le niveau de pratique. L’an passé 300 personnes avaient partagé ce moment exceptionnel de relaxation ! Le solstice d’été sera célébré cette année ainsi pour la cinquième fois !

Avec le soutien de Monte-Carlo Société des Bains de Mer, sur les magnifiques Terrasses du Casino de Monte-Carlo, face à la mer Méditerranée, une célébration joyeuse et authentique enchantera les débutants et les praticiens réguliers.

Le solstice d’été est la célébration de la créativité : de la musique, de l’art, de la danse et du yoga. Pour cette occasion particulière, instituée par les Nations Unies, « Journée Internationale du yoga », de nombreux rassemblements de yoga ont lieu dans le monde, comme à New Delhi, New York, Paris, Londres ou Madrid.

Tout le monde, quel que soit son âge ou son niveau de pratique est invité à bouger, respirer, ressentir et se détendre sur les Terrasses du Casino. Venez partager cette aventure avec vos amis, vos enfants, vos parents et vos grands-parents ! Aucune expérience antérieure de yoga n’est requise.

Programme :

17h45 : Ouverture

18h15 : Cours de Yoga

20h00 : Clôture

Informations et réservations :

Yoga Solstice Monaco

shala@yoga-monaco.com

A Nice, séance de YOGA « ROSE » GÉANT, dimanche 3 juin à 9h30

juin3

Venez nombreux et nombreuses participer à la séance de YOGA « ROSE » GEANT sur la Pelouse de la Bourgada, au sud du MAMAC-TNN dans la Promenade du Paillon le Dimanche 3 Juin 2018.
Seul, en famille ou entre amis, pratiquants ou simples curieux, venez partager ensemble un moment d’énergie positive, de bien-être et de lâcher prise, dans la bonne humeur et… vêtus de Rose.

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La séance commencera à 10h, durera environ 1h30 et sera suivie d’un en-cas « bien- être ».

Rendez-vous sur place à 9h30.

Inscription sur www.soscancerdusein.org

N’oubliez pas votre tapis de yoga et/ou une serviette et votre tee shirt rose.

Nous espérons que cette manifestation sensibilisera tous et toutes :
- à l’importance du yoga pour le bien être physique et moral
- à l’importance d’une activité physique régulière
- à la prévention des cancers du sein et du col de l’utérus
- et à la nécessité de passer une mammographie tous les 2 ans pour se faire dépister

Le don participatif de 8 euros est destiné à soutenir les activités de SOS Cancer du Sein en faveur des femmes atteintes de cancers gynécologiques et de cancer du sein.

Un tee – shirt sera offert sur présentation du billet aux 200 premiers inscrits

Vidéo : les chakras pour les nuls

avril10

Et si vous participiez au 1er Festival de yoga de St Tropez ?

mars30

Du 21 au 24 juin aura lieu le 1er Festival de yoga de St Tropez :
4 jours de yoga, de musique, de partage pour débutants et initiés.

PADDLE YOGA – VINYASA – ECSTATIC DANCE – SOUND HEALING – ACRO YOGA KIRTAN – KUNDALINI YOGA – FEMININ SACRE – BOLS TIBETAINS – YIN YOGA  HEALTHY FOOD – CEREMONIE DU CACAO – GONG BATH – DANSE 5 RYTHMES

Toutes les informations sur : ://www.festival-yoga-saint-tropez.com/

Le yoga, pratique ancestrale qui a conquis le monde

mars21

Pendant cinq ans, le photographe Andy Richter s’est intéressé aux racines du yoga et à ses formes contemporaines. «J’ai commencé à pratiquer le yoga en 2004 et avec le temps, j’ai décidé d’utiliser mon médium, la photographie, pour explorer son essence. Je m’en sers pour ouvrir un dialogue sur les dimensions intérieures de la vie, quelque chose sous la surface. J’ai recours à la lumière, la forme et la composition pour évoquer ces réalités subtiles», explique-t-il. Son travail vient de faire l’objet d’un livre, Serpent in the Wilderness (Kehrer Verlag).

 «Il est important de noter que ce travail, Serpent in the Wilderness, ne donne aucunement une image complète du yoga sous toutes ses formes. Ces images représentent ma propre promenade à travers le yoga. Il s'agit d'une exploration, dans son sens le plus vrai. Certaines expériences avec des gourous, des saints et des maîtres conduisent à d'autres. L'intuition et le fait de rester ouvert sont une clé. Dans mon esprit, ce travail est une co-création. Je vise à transmettre l'expérience intérieure de ce qui se passe devant moi, en utilisant une caméra et un objectif –ce qui est un défi. Sur cette photo, un yogi accomplit des tapas [un terme sanskrit que l'on peut traduire par «ascèse» ou «austérités», ndlr]: il se sacrifie symboliquement au feu en méditant, pendant le pélerinage Kumbh Mela à Ujjain, en Inde. L'intensité de la chaleur développe l'endurance et la résistance du corps, et aide à attirer la conscience vers l'intérieur. Les sens deviennent extrêmement sensibles; tout le corps devient comme une antenne.»

«Il est important de noter que ce travail, Serpent in the Wilderness, ne donne aucunement une image complète du yoga sous toutes ses formes. Ces images représentent ma propre promenade à travers le yoga. Il s’agit d’une exploration, dans son sens le plus vrai. Certaines expériences avec des gourous, des saints et des maîtres conduisent à d’autres. L’intuition et le fait de rester ouvert sont une clé. Dans mon esprit, ce travail est une co-création. Je vise à transmettre l’expérience intérieure de ce qui se passe devant moi, en utilisant une caméra et un objectif –ce qui est un défi. Sur cette photo, un yogi accomplit des tapas [un terme sanskrit que l’on peut traduire par «ascèse» ou «austérités», ndlr]: il se sacrifie symboliquement au feu en méditant, pendant le pélerinage Kumbh Mela à Ujjain, en Inde. L’intensité de la chaleur développe l’endurance et la résistance du corps, et aide à attirer la conscience vers l’intérieur. Les sens deviennent extrêmement sensibles; tout le corps devient comme une antenne.»

 «Je travaillais comme skipper professionnel dans les montagnes du Colorado, et je suis allé en cours de yoga parce qu'un ami m'y a encouragé. Cette pratique m'a aidé à me sentir équilibré et à ralentir un peu mon rythme de vie. Avec la pratique, le yoga a commencé à m'ouvrir à mon vrai potentiel. Les idées venaient, et avec elles beaucoup de joie. Mon système nerveux était re-câblé. Au début, je prenais des cours dans la tradition Iyengar avec une merveilleuse enseignante, Brenda Flemming, à Gunnison. Tout a commencé à changer, à l'intérieur comme à l'extérieur de moi. On voit sur cette image des étudiantes allongés en position Shavasana, la «posture du cadavre», pendant le cours hebdomadaire de yoga pour adolescentes enceintes de la Thomas Riley High School de Watts, en Californie. Le programme est dirigé par Krishna Kaur; son organisation, Yoga for Youth, apporte le yoga et la méditation dans les écoles et les centres de détention pour jeunes.»

«Je travaillais comme skipper professionnel dans les montagnes du Colorado, et je suis allé en cours de yoga parce qu’un ami m’y a encouragé. Cette pratique m’a aidé à me sentir équilibré et à ralentir un peu mon rythme de vie. Avec la pratique, le yoga a commencé à m’ouvrir à mon vrai potentiel. Les idées venaient, et avec elles beaucoup de joie. Mon système nerveux était re-câblé. Au début, je prenais des cours dans la tradition Iyengar avec une merveilleuse enseignante, Brenda Flemming, à Gunnison. Tout a commencé à changer, à l’intérieur comme à l’extérieur de moi. On voit sur cette image des étudiantes allongés en position Shavasana, la «posture du cadavre», pendant le cours hebdomadaire de yoga pour adolescentes enceintes de la Thomas Riley High School de Watts, en Californie. Le programme est dirigé par Krishna Kaur; son organisation, Yoga for Youth, apporte le yoga et la méditation dans les écoles et les centres de détention pour jeunes.»

 «J’ai travaillé dans des endroits historiquement pertinents pour comprendre le passé du yoga, ainsi que dans d'autres qui incarnent son présent vivant. Le yoga est une réalité et ses adeptes du monde entier forment une communauté, qui se développe. Quand j'ai commencé mon travail en 2012, il y avait un peu plus de vingt millions de personnes aux États-Unis qui le pratiquaient; à la fin de mon travail, ce nombre s'élevait à trente-six millions. Ici, un jeune passionné bénit les pèlerins le long de la route du parikrama, où Krishna aurait passé une grande partie de sa jeunesse. Selon le 10e chant de Srimad Bhagavatam [un texte religieux sanskrit, ndlr], après que Krishna a protégé les habitants de Vraj (Vrindavan) de la colère du roi des dieux Indra, il leur a conseillé d'adorer la colline sacrée à travers les rituels de puja et de parikrama.»

«J’ai travaillé dans des endroits historiquement pertinents pour comprendre le passé du yoga, ainsi que dans d’autres qui incarnent son présent vivant. Le yoga est une réalité et ses adeptes du monde entier forment une communauté, qui se développe. Quand j’ai commencé mon travail en 2012, il y avait un peu plus de vingt millions de personnes aux États-Unis qui le pratiquaient; à la fin de mon travail, ce nombre s’élevait à trente-six millions. Ici, un jeune passionné bénit les pèlerins le long de la route du parikrama, où Krishnaaurait passé une grande partie de sa jeunesse. Selon le 10e chant de Srimad Bhagavatam [un texte religieux sanskrit, ndlr], après que Krishna a protégé les habitants de Vraj (Vrindavan) de la colère du roi des dieux Indra, il leur a conseillé d’adorer la colline sacrée à travers les rituels de puja et de parikrama

«Un yogi est allongé en shavasana au Yogi Yoga de Pékin. Le peuple chinois s'est engagé dans des pratiques corporelles pendant des siècles, mais l'État a été lent à adopter le yoga comme méthode de réalisation personnelle et de libération, se méfiant des activités qui pourraient miner l'ordre collectif. Aujourd'hui, la position officielle semble changer. Mohan Bhandari, le fondateur de Yogi Yoga, la chaîne de studios la plus populaire de Chine, a déclaré que la pratique du yoga y augmente de 20% par an.»

«Un yogi est allongé en shavasana au Yogi Yoga de Pékin. Le peuple chinois s’est engagé dans des pratiques corporelles pendant des siècles, mais l’État a été lent à adopter le yoga comme méthode de réalisation personnelle et de libération, se méfiant des activités qui pourraient miner l’ordre collectif. Aujourd’hui, la position officielle semble changer. Mohan Bhandari, le fondateur de Yogi Yoga, la chaîne de studios la plus populaire de Chine, a déclaré que la pratique du yoga y augmente de 20% par an.»

 «J'ai passé beaucoup de temps à photographier en Inde, lors de trois voyages différents, puisque c'est là que le yoga a émergé. J'ai aussi travaillé en Chine, au Mexique et partout aux États-Unis. Alors que la forme et le contexte du yoga peuvent varier –des sikhs portant le turban de la tradition kundalini aux chanteurs bhakti yoga du Mouvement pour la Conscience de Krishna, en passant par les yogis urbains vêtus de spandex qui transpirent dans le studio, toutes les pratiques mènent à une plus grande conscience, à un esprit apaisé, à un corps sain et à un cœur compatissant. Sur cette photo, on voit un sadhu pratiquer le Plavini Pranayama en flottant sur la rivière Shipra pendant le pélerinage Kumbh Mela à Ujjain, en Inde. Dans cet exercice de respiration, le sang circule rapidement dans le corps, éliminant les impuretés et les toxines accumulées. On dit que les yogis qui maîtrisent ce pranayama peuvent rester en vie pendant des jours sans nourriture.»

«J’ai passé beaucoup de temps à photographier en Inde, lors de trois voyages différents, puisque c’est là que le yoga a émergé. J’ai aussi travaillé en Chine, au Mexique et partout aux États-Unis. Alors que la forme et le contexte du yoga peuvent varier –des sikhs portant le turban de la tradition kundalini aux chanteurs bhakti yoga du Mouvement pour la Conscience de Krishna, en passant par les yogis urbains vêtus de spandex qui transpirent dans le studio, toutes les pratiques mènent à une plus grande conscience, à un esprit apaisé, à un corps sain et à un cœur compatissant. Sur cette photo, on voit un sadhu pratiquer le Plavini Pranayama en flottant sur la rivière Shipra pendant le pélerinage Kumbh Mela à Ujjain, en Inde. Dans cet exercice de respiration, le sang circule rapidement dans le corps, éliminant les impuretés et les toxines accumulées. On dit que les yogis qui maîtrisent ce pranayama peuvent rester en vie pendant des jours sans nourriture.»

 

 «Les pratiques des anciens sont les mêmes que celles d’aujourd'hui. Il y a un fil continu entre les pratiques indiennes ancestrales faites par les yogis dans les forêts et celles faites dans les temps modernes. L'aspect intérieur est le même –peu importe si c'est un homme vivant dans une grotte de l'Himalaya ou un avocat qui se rend à un cours juste à côté de son travail à Pékin ou à New York. Le souffle nous relie, notre humanité nous relie au passé, au présent. Ici, des milliers de yogis pratiquent l'asana pendant un cours matinal à l'amphithéâtre Red Rocks près de Morrison, dans le Colorado. Environ 3.000 personnes ont assisté à l'événement “Yoga on the Rocks”.»

«Les pratiques des anciens sont les mêmes que celles d’aujourd’hui. Il y a un fil continu entre les pratiques indiennes ancestrales faites par les yogis dans les forêts et celles faites dans les temps modernes. L’aspect intérieur est le même –peu importe si c’est un homme vivant dans une grotte de l’Himalaya ou un avocat qui se rend à un cours juste à côté de son travail à Pékin ou à New York. Le souffle nous relie, notre humanité nous relie au passé, au présent. Ici, des milliers de yogis pratiquent l’asana pendant un cours matinal à l’amphithéâtre Red Rocks près de Morrison, dans le Colorado. Environ 3.000 personnes ont assisté à l’événement “Yoga on the Rocks”.»

«Il existe des méthodes traditionnelles en Inde où vous vivez dans un ashram, faites vœu de célibat et vivez une vie de service austère, mais ce n'est qu'une façon de pratiquer le yoga. Pour beaucoup en Occident, il est plus réaliste et pratique d’avoir un travail, une famille et d'avoir des outils pour naviguer dans la vie avec grâce et aisance. Cela ne veut pas dire sans difficultés, mais le yoga améliore nos capacités et nous donne des moyens pour traverser la vie avec intégrité. Sur cette image, les yogis du Nouveau-Mexique se promènent en aveugle dans le paysage aride, après deux jours et demi de yoga tantrique blanc. Les yeux fermés, le groupe est dirigé par un leader qui dit “Wahe Guru”; ceux qui suivent répondent avec la même formule –expression de la crainte extatique du divin, partageant à voix haute l'expérience du passage des ténèbres à la lumière, de l'ignorance à vraie compréhension.»

«Il existe des méthodes traditionnelles en Inde où vous vivez dans un ashram, faites vœu de célibat et vivez une vie de service austère, mais ce n’est qu’une façon de pratiquer le yoga. Pour beaucoup en Occident, il est plus réaliste et pratique d’avoir un travail, une famille et d’avoir des outils pour naviguer dans la vie avec grâce et aisance. Cela ne veut pas dire sans difficultés, mais le yoga améliore nos capacités et nous donne des moyens pour traverser la vie avec intégrité. Sur cette image, les yogis du Nouveau-Mexique se promènent en aveugle dans le paysage aride, après deux jours et demi de yoga tantrique blanc. Les yeux fermés, le groupe est dirigé par un leader qui dit “Wahe Guru”; ceux qui suivent répondent avec la même formule –expression de la crainte extatique du divin, partageant à voix haute l’expérience du passage des ténèbres à la lumière, de l’ignorance à vraie compréhension.»

«Swami Yogananda, 104 ans, en position Supta Padangusthasana pendant le Festival international de yoga à l'ashram de Parmarth Niketan à Rishikesh, au nord de l'Inde. Il affirmait que le secret de la longévité est le jeûne. Yogananda est décédé en janvier 2015.»

«Swami Yogananda, 104 ans, en position Supta Padangusthasana pendant le Festival international de yoga à l’ashram de Parmarth Niketan à Rishikesh, au nord de l’Inde. Il affirmait que le secret de la longévité est le jeûne. Yogananda est décédé en janvier 2015.»

«Instant de méditation sur la rivière Yamuna à Keshi Ghat, dans la ville de Vrindavan. On pense que Krishna s'est baigné ici après avoir tué le démon Keshi, qui symbolise la fierté dans ses pratiques dévotionnelles, la vanité et l'ego. Les bhakti yogis limitent de tels penchants en chantant et en en vivant humblement.»

«Instant de méditation sur la rivière Yamuna à Keshi Ghat, dans la ville de Vrindavan. On pense que Krishna s’est baigné ici après avoir tué le démon Keshi, qui symbolise la fierté dans ses pratiques dévotionnelles, la vanité et l’ego. Les bhakti yogis limitent de tels penchants en chantant et en en vivant humblement.»

«Bhandari Baba, un yogi silencieux depuis plus de dix ans, médite dans sa grotte des contreforts de Rishikesh, en Inde. Bhandari mange des plantes qu'il trouve dans la forêt ou des aliments que les visiteurs lui apportent. Il communique principalement par des gestes de la main. Pendant des millénaires, les sages et les saints sont venus dans la région pour la méditation et la réalisation de soi. L'observation du silence, ou «mauna», permet à l'esprit de s'installer et la conscience de se tourner vers l'intérieur.»

«Bhandari Baba, un yogi silencieux depuis plus de dix ans, médite dans sa grotte des contreforts de Rishikesh, en Inde. Bhandari mange des plantes qu’il trouve dans la forêt ou des aliments que les visiteurs lui apportent. Il communique principalement par des gestes de la main. Pendant des millénaires, les sages et les saints sont venus dans la région pour la méditation et la réalisation de soi. L’observation du silence, ou «mauna», permet à l’esprit de s’installer et la conscience de se tourner vers l’intérieur.»

Article paru dans Slate.fr – Fanny Arlantis – Photos Andy Richter

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Au secours, le yoga est à la mode !

septembre15

Yoga-bière, yoga chèvre… On ne compte plus les déclinaisons toujours plus farfelues de la discipline millénaire.

Si tu ne t’es pas inscrit au yoga fin août, t’as raté ta vie. Des années après les premiers apôtres californiens, ­l’engouement que suscite cette pratique semble ne jamais vouloir se tarir. Cours d’essai, séances gratuites, parfois dans des lieux insolites… Le yoga compte quelque 2 millions d’adeptes en France, 36 millions aux Etats-Unis, et en attire toujours plus. Les photos et vidéos d’apprentis yogis sur fond de coucher de ­soleil tapissent (qui a dit « polluent » ?) chaque été les ­réseaux sociaux, affichant des positions dignes des plus grands ­contorsionnistes. Dans son édition du 11 août, Elle décrit « le boom de l’ego trip », le raz-de-marée des séjours yoga-déconnexion.

yoga nice

Depuis deux ans, il existe même une Journée mondiale du yoga, le 21 juin. Décrété par les Nations unies à l’initiative du premier ministre indien, Narendra Modi, le rendez-vous a connu un succès immédiat. Sauf que cette journée, souvent sponsorisée par des marques de vêtements et dont le but semble être de battre des records de postures façon Guinness Book, est en contradiction avec l’essence même du yoga, comme le déplorent les professionnels. Les enseignants regardent d’un œil consterné les innombrables déclinaisons de leur discipline, parfois absurdes, qui fleurissent dans les salles de sport hype.

Il faut dire que les marchands de concepts yogis font preuve d’une inépuisable inventivité. Citons le yoga-tequila ou sa déclinaison modérée, le yoga-bière. Mais aussi, dernière mode aux Etats-Unis, le goat yoga, ou comment enchaîner les postures entouré de… chèvres – voire avec la bête sur le dos, ce que décrivait récemment une dépêche de l’AFP. Ou encore l’alien yoga, présenté dans le quotidien britannique The Times le 15 août, qui consiste à aspirer le ventre pour ne laisser paraître qu’une bosse, façon Ridley Scott. Le 18 août, Grazia annonçait le « HIIT yoga » comme le must de la rentrée, soit l’invention d’un club parisien mêlant des exercices cardio et des postures de yoga. On pourrait continuer la liste.

Or, « le yoga n’est pas une thérapie ni une gymnastique, c’est une philosophie porteuse du sens de la vie qui permet, dans un monde en total boulever­sement, d’aller à l’essentiel », souligne Isabelle ­Morin-Larbey, présidente de la Fédération nationale des enseignants de yoga (FNEY) qui a fêté ses 50 ans cette année.

L’origine du yoga, mot issu du sanscrit qui signifie « relier, unir, joindre », implique la personne tout entière en réunifiant le corps, l’esprit et le cœur. Née il y a des milliers d’années en Inde, cette discipline désigne « l’arrêt des fluctuations du mental ». En pratique, les postures du yoga (asanas) et les exercices de respiration (pranayamas) permettent de fortifier les points d’appui physiques et respiratoires et de retrouver un axe, avec aisance et fermeté, sans aucun jugement.

« Aujourd’hui, le bien-être représente tout un marché, constate la psychanalyste Christiane Berthelet Lorelle, auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet. Il nous faut donc transmettre et transmettre encore, nous référeraux textes anciens, continuer d’œuvrer pour que chaque personne ait la possibilité de discerner ce qu’est une pratique authentique, ancrée dans son éthique, d’une autre, vouée à la performance gymnique ou à l’esthétisation. » Aux antipodes d’une discipline express fondée sur la culture du résultat. « Patience, lenteur, persévérance, humilité sont les qualités développées sur le ­tapis », résume ­Isabelle Morin-Larbey.

Des bienfaits prouvés

« Ramener le yoga à une technique, c’est réducteur. Il ne suffit pas d’apprendre les postures. Ce n’est pas une démonstration, c’est même ­l’inverse. Le yoga s’apparente plus à une approche holistique, c’est une discipline corporelle, philosophique et spirituelle, qui propose de lâcher prise », explique Christophe Pasteur, ostéopathe, qui enseigne l’anatomie à l’Ecole française de yoga de Paris, qui dépend de la FNEY.

« On en fait une solution miracle pour tout, pour maigrir, alors que le yoga, c’est justement sedétacher des apparences. » Patrick Delhumeau, directeur de l’Ecole française de yoga de l’Ouest

« On en fait aujourd’hui une solution miracle pour tout, pour maigrir, alors que le yoga, c’est justement se détacher des apparences », souligne Patrick Delhumeau, directeur de l’Ecole française de yoga de l’Ouest. Ses bienfaits sur la santé sont prouvés par de nombreuses études scientifiques, que ce soit pour traiter la dépression, apaiser le stress, améliorer la digestion, la santé cardiaque… « Ça fait partie des effets secondaires désirables du yoga », décrit joliment M. Delhumeau. Les études le confirmant se multiplient ; on en compte des milliers. La pratique est de plus en plus proposée dans les établissements de soins.

Symptôme de l’époque, beaucoup y voient également une aide face au morcellement du temps, à la course effrénée permanente, au toujours plus, au « tout, tout de suite ». Le yoga permet de s’autoriser à prendre du temps pour soi.

Pour l’instituteur et scénariste Gilles Vernet, c’est « une discipline qui redonne souffle et souplesse à notre existence ». « Il est bon de se créer des pauses volontaires dans un monde qui ne nous les offre plus », dit l’auteur du documentaire et livre Tout s’accélère. « Prendre son temps donne de l’espace, voilà la leçon de cette pratique ancestrale », souligne la psychanalyste Christiane Berthelet Lorelle.

Le yoga peut aussi être « un refuge pour ­reprendre pied », comme pour Marie, qui a connu des ruptures affectives et professionnelles. Elle y a trouvé « un moyen de souffler et de reprendre confiance», sans jamais fuir. « Le yoga permet de se détacher de certains comportements, notamment consuméristes, insiste Mme Morin-Larbey. Et de se désencombrer, d’aller vers l’essentiel. » Inutile de s’encombrer d’une chèvre, même si elle est souple.

Les origines du Yoga

juin12

Les origines du Yoga

Le mot « Yoga » vient d’une très ancienne racine sanskrite, « jug » qui signifie relier, joindre, unir, mettre ensemble, notamment le corps, le cœur et l’esprit. Tout le travail tend à unifier l’être humain en le mettant en relation avec son intériorité.

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L’Inde est la terre d’origine du yoga : son histoire est étroitement liée à celle de la civilisation indienne. C’est une discipline élaborée depuis la plus lointaine antiquité pour aider les êtres humains à traverser la souffrance, et trouver l’unité et la joie dans leur corps et leur âme. Le yoga fait partie de l’un des six systèmes philosophiques majeurs de l’Inde. C’est un darsana, terme qui veut dire porter un regard sur le monde.

Les premiers textes qui l’abordent sont les Upanishads, conçus dans des écoles de sagesse qui se sont développées à partir du VII° siècle avant Jésus-Christ. Dans ces textes, les sages font part d’expériences d’immobilité méditative ou de l’attention portée au mouvement du souffle. C’est une conception très « mystique » des rapports entre le corps et l’esprit qui se développe.

Le yoga apparaît ensuite dans toutes les littératures spirituelles de l’Inde, où il désigne toujours des formes de discipline qui unissent le corps et l’esprit, l’homme et l’univers, l’humain et le divin… tout ce qui peut être « joint » pour procurer un état de bonheur, de plénitude ou de libération, rendant complémentaire ce qui peut sembler être opposé (le jour et la nuit, la lune et le soleil etc …)

Aux alentours de notre ère (IIème siècle avant et IIème siècle après J.-C.), une synthèse philosophique donne au yoga sa structure classique, au travers d’un ouvrage qui fait référence : les Yoga Sûtras, attribués à Patanjali.

Le yoga s’est diversifié selon les contextes dans lesquels il est pratiqué. On peut distinguer cinq grandes « voies ». Tout d’abord, il accompagne l’être humain dans sa vie quotidienne, en l’aidant à poser les principes de l’ « acte juste », ou « désintéressé » : c’est le karma-yoga, ou « yoga de l’action ». On le rencontre aussi associé à des courants religieux et spirituels, à l’intérieur de l’hindouisme ou du bouddhisme, où il permet de se rapprocher de la divinité : c’est le bhakti-yoga ou « yoga de la dévotion ». Il affine l’intelligence la plus subtile, celle des réalités considérées comme au-delà du naturel, et est alors appelé jnâna-yoga, ou « yoga de la connaissance ». Des recherches spécifiques concernant le corps, le souffle, les énergies,  ont été développés et nous ont donné la forme du yoga la plus connue et pratiquée en occident, le hatha-yoga. La cinquième voie regroupe les quatres précédents, c’est le raja-yoga, la voie royale où toute les possibilités de l’être humain sont réunies et explorées.

Aujourd’hui, les nombreuses traditions de yoga, qui n’ont cessé d’évoluer au fil des générations, continuent d’être très vivantes en Inde. Certains enseignants sont de véritables maîtres spirituels, d’autres sont simplement des professeurs de yoga, sans autre ambition que de proposer une hygiène psycho-corporelle adaptée à la vie actuelle. Souvent moins pratiqué qu’on ne le pense par les indiens, le yoga se développe de plus en plus, parfois comme une gymnastique qui a toujours fait partie de leur culture, à l’école notamment, ou bien comme une activité préventive à toute forme de maladie. Mais il faut souligner qu’ils sont nombreux à le faire dans une perspective spirituelle, pour se  » libérer  » des conditionnements de l’existence.

Source : Le Monde du Yoga

http://lemondeduyoga.org/

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