Yoga : plus d’un million d’adeptes en France
Voici un article paru aujourd’hui sur le site internet de France Info :
« Un nombre d’adeptes sans cesse croissant en France pratique le yoga. Aujourd’hui on estime à plus de 1 million de français, et surtout de françaises, qui pratiquent régulièrement le yoga. Pourquoi ce succès ? Peut-être faut-il rappeler un peu ce que c’est que le yoga.
Entretien avec Anne-Laure Gannac, journaliste à Psychologies Magazine
C’est une philosophie de vie qui nous vient d’Inde. A l’origine, il y a un texte, ce sont Les Yoga Sutras, de Patanjali qui datent de 2500 ans environ, et qui sont considérés comme la base du yoga, même s’il était pratiqué déjà bien avant. Et ce que l’on découvre en lisant ce texte, qui est une série d’aphorismes, c’est qu’il n’y est pas du tout question de postures, de pieds à mettre derrière la tête ou autre !, mais bien d’une réflexion philosophique, un peu proche de celle que les grecs développaient au même moment. Et le but de cet ouvrage c’est, face au constat de la souffrance humaine, de proposer une voie de libération à la fois corporelle et spirituelle. Et cette voie, c’est le yoga.
Donc le yoga ce ne sont pas juste des postures acrobatiques ou de la méditation en position du lotus?
Non, les postures, qu’on appelle asana, ne sont qu’un des huit piliers de cette voie de libération. Les autres sont pranayama, les exercices de respiration, également très pratiqués aujourd’hui, mais aussi, bien moins connus : yama, qui sont cinq principes qui éclairent le rapport au autres, niyama, (cinq principes qui cette fois parlent du rapport à soi), pratyahara, (la maîtrise des sens), dharana, (la concentration), dhyana (la méditation, dont vous parliez, justement), et puis samadhi qui est le principe final d’unité, de libération…
Et à l’intérieur de ces piliers, il y a, je le disais, différents principes fondamentaux. Par exemple, parmi les yama, il y a ahimsa, le principe de non-violence qu’on retrouve dans toute la culture indienne, ou encore satya, la vérité, l’authenticité, mais encore aparigrahaha, le non-attachement, et brahmacharya, la modération. Tandis que parmi les niyama, on retrouvera tapas, la persévérance, ou samtosa, le contentement… Ce sont tous ces principes qui, selon cette philosophie indienne, permettent de se libérer de la souffrance physique et psychique.
Cela veut dire que le yoga originel exige de suivre ces principes, c’est cela ?
En fait non, c’est plus subtil que cela. Un concept central de cette philosophie c’est le lâcher prise, que les postures doivent aussi permettre de développer. Donc si l’on cherchait à se soumettre absolument à des commandements de ce genre, on pratiquerait l’inverse du lâcher-prise. En réalité, ces principes que je viens d’énumérer sont ceux que le yogi est censé découvrir et acquérir par l’expérience, par la pratique.
Aujourd’hui on est très loin d’avoir cette vision du yoga : comment expliquer que ce soit devenu une pratique purement physique ?
La dimension physique existe dès le départ. Yoga, en sanskrit c’est l’union, et notamment l’union du corps et de l’esprit. Mais c’est vrai qu’elle a largement pris le dessus dans le yoga actuel. Tout simplement parce que le yoga s’est adapté au marché, si l’on peut dire, occidental, autrement dit il, d’abord, se laïciser. Dans les années 60, quand il a commencé à se diffuser chez nous, il avait encore beaucoup de son folklore indien. Mais peu à peu, les statuettes de Shiva ou Ganesh ont déserté les salles de yoga pour devenir des lieux très épurés. Parce que dans nos pays laïcs et matérialistes, la méfiance est vive à l’égard de tout ce qui est teinté de spiritualité.
Et puis, d’autre part, il s’est développé dans le cadre d’un culte du corps bien fait, athlétique, fin, et du bien-être en général qui n’est pas à négliger. Sur ce point, il faut mentionner l’influence des Etats-Unis où le yoga est très populaire, beaucoup plus que chez nous ; à New York, il y a des ateliers de yoga à tous les coins de rue, alors qu’à Paris, ils ne sont encore pas plus d’une dizaine. Cette américanisation en a fait une pratique à la fois profane et de pur bien-être corporel. Mais ne généralisons pas non plus : nombreux sont les enseignants qui restent très attachés aux origines culturelles et spirituelles, via des prières, des chants indiens qui peuvent scander la pratique.
Reste qu’aujourd’hui, quand on parle de yoga, on pense avant tout à une discipline physique qui permet de s’assouplir et de rester mince…
Ce qu’il permet, effectivement, mais ce n’est pas censé être sa fin en soi : on s’assouplit le corps pour s’assoupir l’esprit, on le fait travailler pour le connaître, donc pour mieux se connaître. Mais finalement, tout cela s’impose naturellement ; même lorsque leur démarche de départ était utilitariste, la plupart des praticiens réguliers vous diront-et vous prouveront aussi !, que cela les change au delà du simple aspect physique. C’est une source d’apaisement et de développement personnel.
C’est cela qui expliquerait son succès chez nous aujourd’hui ?
C’est certain, oui. La raison principale du succès croissant du yoga c’est que le bien-être qu’il procure est physique et psychique. Il propose cette réconciliation corps-esprit qui est devenue, ces dernières années, une quête majeure, sous l’influence des philosophies orientales en général. Le bon vieux dualisme corps-esprit à l’Occidentale a rencontré ses limites, dans les découvertes sur les origines des maladies, sur les effets du stress, sur le pouvoir de la psyché sur le corps, etc… D’où cet engouement pour des approches holistiques telles que le yoga.
Mais comment fait-on quand on a envie de s’y mettre ? Parce qu’il existe quantités de yoga différents…
C’est vrai, depuis les années 60-70, plusieurs écoles ont été développées, par des maîtres indiens, d’abord, et puis certaines sont apparues plus récemment, qui sont souvent plus proches de l’aérobic, il faut bien le dire… Alors, comment trouver son yoga ? En en testant plusieurs, et en ressentant celui qui nous convient le mieux. En France, ceux qui ont le plus de succès sont les plus traditionnels, le hatha yoga, des postures réalisées sur la longueur, dans la douceur, et l’ashtanga yoga, particulièrement dynamique, un enchaînement de postures réalisé sur le souffle. Mais vous trouverez aussi le très rigoureux Iyengar, le yoga Bikram, pratiqué à très haute température, etc…
Quand une pratique devient à ce point une mode, cela ouvre la porte à tous les abus, à toutes les incompétences, aussi. Quelles sont les précautions à prendre avant de s’inscrire ?
D’abord vérifier la formation des enseignants : où, quand et pendant combien de temps ? Plusieurs écoles existent en France qui sont des gages de sérieux, à commencer par l’Ecole Française de Yoga, mais aussi l’Ecole de Formation des Ailes du Yoga. Ceci étant, un grand maître de yoga peut n’avoir été formé qu’en Inde, par de grands gourous, donc les diplômes ne sont pas toujours ce qu’il y a de plus éloquent. Aussi, l’essentiel, me semble t-il, c’est de conserver son esprit critique : si l’enseignant vous demande dès le premier cours de vous mettre dans des postures complexes et ne se soucie pas de vos difficultés, on est en droit de douter de sa qualité. Et puis, il faut garder à l’esprit que l’objectif du yoga n’est pas la performance, c’est, comme on le disait, le lâcher prise. Et cela, on sent assez vite si un enseignant, ses méthodes et l’ambiance qu’il donne à son atelier y sont propices ou pas. »







