Vous voulez un genre de Yoga ? ça n’existe pas !
Attention aux pseudos-yogas ! Une petite anecdote qui m’est arrivée il y a quelques jours, et qui me semble symptomatique de la confusion qui règne actuellement dans le « marché du yoga ».
J’accueille une nouvelle élève qui me dit pratiquer depuis 2 ans déjà du « … yoga » (je ne donnerais pas le nom de la discipline, car mon but n’est pas de dénigrer mais de clarifier). Pendant le cours, je remarque qu’elle a du mal à expirer par le nez. A la fin du cours, elle vient me voir et me fait part de ses interrogations : c’est la première fois dans un cours de yoga qu’on lui demande de respirer uniquement par le nez, et elle me demande si je suis bien sûre qu’on ne respire pas par la bouche en yoga !
Je vous avoue que cela m’a fait sourire voire rire ! Elle semble très étonnée quand je lui explique que c’est là un des fondamentaux du yoga : la bouche pour manger, le nez pour respirer ! Et ce n’est pas vrai qu’en yoga d’ailleurs. Ouvrez n’importe quel ouvrage d’anatomie, le nez est rattaché au système respiratoire et la bouche à l’appareil digestif.
De surcroit, le yoga travaille sur plusieurs plans : le corps physique, physiologique bien-sûr mais aussi sur des plans plus subtils, dont le corps énergétique. On y croit, on n’y croit pas, là n’est pas le propos, (car personne en yoga ne vous demandera de « croire », mais vous incitera à expérimenter pour vous faire votre propre idée) : le yoga a été développé autour du concept de prana, cette énergie vitale présente dans l’univers que nous pouvons absorber et diriger consciemment grâce à la pratique du yoga. Et « les portes d’entrée » principales de l’énergie dans le corps sont précisément dans le nez (les nadis Ida et Pingala). D’autres disciplines ont aussi une conception énergétique du corps comme l’acupuncture, le Tai Chi, le Qi Gong, le Shiatsu.
Cette petite histoire pour constater que beaucoup surfent sur la popularité actuelle du yoga, mais n’ont ni les connaissances, ni souvent l’état d’esprit adéquat pour enseigner cette discipline, et de plus induisent leurs élèves en erreur, élèves qui pensent pratiquer du yoga mais en réalité ce n’est pas du yoga. Ce serait plus clair et plus honnête d’annoncer clairement la couleur, comme par exemple, le Body Balance, qui est pratiqué dans de nombreux clubs de sport et qui s’inspire du pilates, du yoga, des arts martiaux : il n’y a pas d’ambiguïté ni de tromperie.
Mais le yoga est en vogue, les formations de professeurs sont longues (4 ans dans la plupart des cas) et couteuses en argent et en investissement personnel, et il semble que certains aient pris le parti de piocher allègrement dans les postures pour fabriquer un genre de yoga. Pour reprendre la publicité pour le roquefort, « Vous voulez un genre de yoga ? Ça n’existe pas ! Soit c’est du yoga soit c’en est pas! ». Sans appel !
Le yoga est un ensemble, basé aussi et avant tout sur une philosophie, une conception du monde, de l’homme, de l’univers. Si on l’extrait de son substrat originel, si on le dépouille de tout aspect symbolique, énergétique, respiratoire et spirituel, non seulement cela n’a que peu de sens, mais les bienfaits attendus ne seront certainement pas au rendez-vous.
Isabelle Bourjac – Professeur Hatha-Yoga, Fédération Française de Hatha-Yoga








