Le Yoga d’Isabelle

Yoga et Méditation

Le Yoga pour tous

juin9

FAUT-IL ÊTRE BLANC, SVELTE ET NANTI POUR FAIRE DU YOGA ?

Dans son livre «Every Body Yoga», la blogueuse et prof de yoga Jessamyn Stanley, 29 ans, prône une discipline moins consumériste et ouverte à tous.

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Enseignante, lesbienne, noire et de grande taille, l’Américaine Jessamyn Stanley redéfinit les stéréotypes dans son domaine : le yoga. Sans le vouloir, elle a acquis ces dernières années une certaine renommée sur les réseaux sociaux via son compte Instagram, devenu viral. Elle publie ces jours-ci un ouvrage, Every Body Yoga qui prend position contre le culte de la performance et une tendance au formatage normatif qui considère le yoga comme du fitness, réservé à des corps toniques et à des femmes apprêtées qui s’abreuvent d’eau de coco. Bref, un idéal impossible à atteindre et souvent très éloigné de la réalité.

Elle écrit : «Tous les corps ont le droit d’être représentés sur le papier, pas juste les silhouettes élancées, féminines et blanches. J’ai écrit ce livre pour tous les gens gros, vieux ou exceptionnellement petits. J’ai écrit ce livre pour toutes les personnes qui sont complexées par leur corps.» Ce faisant, Jessamyn Stanley déplore la grossophobie en vigueur dans le milieu sportif qui culpabilise les personnes de grande taille comme étant peu souples ou pas assez musclées. Selon elle, les personnes racisées sont encore trop peu représentées dans cette pratique qui semble, de l’extérieur, réservée aux seules sportives issues de milieux privilégiés. Face au consumérisme qui encourage à s’abonner à des studios onéreux et à s’équiper de tout un tas d’accessoires, elle rappelle le mot d’ordre spirituel des gourous yogis : vivre au présent et s’éloigner des biens matériels.

A travers son parcours, Jessamyn Stanley précise que rien ne la destinait, a priori, à la pratique du yoga. La jeune femme a grandi dans une famille afro-américaine typique de la classe moyenne du sud des Etats-Unis. Scolarisée dans un milieu blanc et aisé, elle était souvent comparée par ses camarades, en raison de ses goûts, au gâteau Oréo : noire dehors et blanche dedans… Adolescente boulotte, elle se voit opposer un refus lorsqu’elle postule auprès de l’équipe des cheerleaders du lycée : «Je me sentais moche et rejetée», écrit-elle. Jessamyn Stanley explique qu’elle a ensuite commencé à manger, beaucoup et sans discernement, lorsque sa mère est tombée malade. La jeune fille suit son premier cours de bikram (un yoga à haute température) à l’âge de 16 ans et le vit comme «un enfer». Plus tard, elle aura souvent envie de pleurer quand elle ne parvient pas à faire certaines poses. «Je croyais vraiment que je n’étais pas digne d’un studio de yoga», écrit-elle.

Son livre décrit en détail les différents asanas ou postures à pratiquer selon sa morphologie. Et répond à des questions d’internautes, par exemple : «Que faire si je suis la personne la plus grosse en cours et que tout le monde me regarde ?» Si le studio que vous fréquentez n’est pas inclusif, explique-t-elle, pratiquez dans le lieu le plus «body positive» : chez vous. Les cours dispensés sur Internet comme sur le site Yogaglo constituent aussi une saine alternative au jugement d’autrui. L’essentiel, selon l’enseignante, étant de se concentrer sur «ce que je ressens» plutôt que «à quoi je ressemble ?». Le poids n’est pas une tare ni une maladie, tout comme le yoga n’est en rien un régime amaigrissant : «Si vous êtes grosse, faites de la place pour votre chair, elle a besoin que l’on s’y adapte !» 

Source : Libération. Par Clémentine Gallot

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